Ici ailleurs jamais nulle part

Marie-France Giraudon & Emmanuel Avenel.
Installation vidéo, 1996-2000. / Video installation, 1996-2000.
Version à trois canaux de Méditerranée Atlantique. / Three-channel version of Méditerranée Atlantique.

Un triptyque audio-vidéo qui s’inspire d’une promenade-performance le long de la ligne de crête des Pyrénées, de la mer à l’océan en passant par la haute montagne. Le choix géographique du territoire arpenté positionne la traversée entre le ciel et la terre, par rapport à deux mers, deux versants opposés, deux pays, deux cultures, deux mondes. La vidéo, imprégnée de l’expérience paysagère, cherche à évoquer une perception singulière, tout en révélant un rapport intime établi entre l’Individu et la Nature. Le spectateur est convié à une méditation ambulatoire qui lui fait éprouver l’essence même de l’expérience tout en l’invitant à revisiter son propre territoire mental.

L'enchevêtrement des différents évènements visuels et sonores crée un glissement permanent entre l'évocation du vécu et d'une perception intérieure et un point de vue plus métaphorique sur la montagne comme entité naturelle, géographique, culturelle, mythique. Tantôt maintenu au plus près de l'expérience, tantôt repositionné en-deçà par une mise à distance ou encore projeté au-delà vers un état de tranquillité contemplative, le spectateur se trouve sans cesse sollicité, invité au renouvellement et au déplacement permanent de l'attention et de l'esprit.
Les extraits du journal de voyage et les cartes topographiques traitées filtrent ou masquent le paysage observé, contemplé. L'espace est ainsi reconstruit, sa profondeur recréée dans l'épaisseur des couches d'images et de mots, dans l'interaction entre le caché, le montré, l'observé, le lu mais aussi l'entendu.
L’espace sonore, en développant ses propres niveaux de sens, oriente ou élargit la perception de l'ensemble, amplifiant une idée, actualisant une action, un état, renvoyant à l'expérience corporelle mais aussi intérieure. La texture même des sons : étirements, assourdissements, tonalités graves, résonances, répétitions, chevauchements, ainsi que la lenteur des rythmes, autant visuels que sonores d'ailleurs, créent une temporalité autre qui contribue à plonger le spectateur dans un état intérieur favorable à la méditation.

 

« Footsteps in the sand lose their contours when the tide comes gropingly in; an image once seen is quickly forgotten unless it is repeated time and again. Everybody knows what the sea looks like, how the ocean can whirl, how the indentations of the shore line are copied onto charts, how barren the bare rocks are, or how sweetly cork-oak woods reach right to the borders between water and sky, how the wind lashes beach grass, how unapproachable capes swirl themselves in mists whence mermaids screech, how freely roaming sheep with their bells sometimes picturesquely fill up dune valleys. Sometimes there are signs of mankind to be found in these so very differing coastal areas, red and white paint stripes to simplify the route, or weathered boundary markers. Luckily there are never people to be seen; only when the camera looks inland can cars be seen driving past on their way to an occasional village. The sounds too are familiar: watery bubbling, the chirping of dune birds, whispered melancholic texts about loneliness. Zooming out the sound becomes ever deeper, slower, as if whale song can be heard above the water too. These meditative nature moments form a perfect Landscape Art where video black-and-white breaks in to the faded colour of reality and the camera pans from N to W to S and E. »
Erik Daams


Ici Ailleurs Jamais nulle part, document sur l’installation, 29 min (extrait, 4 min 20). / Ici Ailleurs Jamais nulle part, documentation about installation, 29 min (excerpt, 4 min 20).